Améliorer les conditions de travail en Inde : de l’évaluation ergonomique aux solutions concrètes

Comprendre les risques ergonomiques liés à la transformation du mica

Pour améliorer les conditions de travail tout au long de la chaîne d’approvisionnement du mica, il est nécessaire d’examiner de près la manière dont le travail est effectué au quotidien et d’identifier des moyens concrets de réduire les risques pour les travailleurs.

En avril 2026, la Responsible Mica Initiative (RMI) a commandé une évaluation des besoins ergonomiques en Inde afin de mieux comprendre les risques physiques associés aux activités de transformation du mica. L’objectif allait au-delà de la simple conformité à la norme mondiale de la RMI relative aux lieux de travail : il s’agissait d’identifier les risques musculo-squelettiques et d’explorer des améliorations concrètes et relativement peu coûteuses susceptibles de réduire les contraintes physiques et d’améliorer les conditions de travail.

L’évaluation a porté sur cinq processus de travail, avec 33 évaluations techniques menées dans trois usines et deux villages du Jharkhand. Au total, 81 travailleurs et membres de la communauté ont été interrogés, dont 82 % étaient des femmes.

La méthodologie combinait des méthodes d’évaluation ergonomique reconnues, notamment le RULA (Rapid Upper Limb Assessment) et le REBA (Rapid Entire Body Assessment), avec une cartographie des tâches, des mesures sur le lieu de travail, des évaluations techniques individuelles, des discussions en groupes de réflexion et une cartographie des douleurs corporelles signalées par les travailleurs. Cette approche a permis à RMI de combiner les observations techniques avec les expériences personnelles des travailleurs.

Quels ont été les résultats de l’évaluation ergonomique ?

Cinq activités ont été examinées, allant du clivage manuel du mica et de la découpe à la machine, au tri sur table, au tri au sol et au clivage manuel à domicile. Les femmes représentaient la totalité ou la majeure partie de la main-d’œuvre dans plusieurs de ces activités, en particulier le clivage manuel et le tri.

Pour l’ensemble des cinq processus évalués, les risques ergonomiques ont été jugés élevés ou très élevés. Parmi les problèmes récurrents figuraient les postures statiques prolongées, les mouvements répétitifs des mains et une sollicitation visuelle soutenue. Alors que les ouvrières d’usine disposaient d’espaces de travail attitrés, les sièges, tables et autres supports ergonomiques étaient souvent inadéquats. Les travailleuses communautaires avaient encore moins accès à des infrastructures de travail formelles.

Les travailleuses ont fait état de douleurs touchant notamment la nuque, le bas du dos, les épaules, les genoux, les poignets et les doigts. L’évaluation a également permis d’observer que les travailleuses utilisaient des coussins de fortune, des supports en bois et d’autres adaptations pour réduire leur inconfort.

Une activité s’est imposée comme une priorité immédiate : le tri manuel au sol. Ce travail implique de rester accroupi pendant de longues périodes et de trier au niveau du sol, ainsi que d’effectuer des mouvements répétitifs des mains. L’évaluation a identifié des risques liés à une flexion prolongée du cou et du tronc, ainsi qu’à une pression sur les genoux et les chevilles.

Le clivage manuel du mica à domicile a été identifié comme une autre priorité. Cette activité est effectuée au niveau du sol, sans accès à des postes de travail ergonomiques dédiés ni à des supports adaptés.

Passer de l’évaluation à des solutions concrètes

Les résultats constituent un point de départ pour agir. L’une des principales conclusions de cette évaluation est que la sensibilisation seule ne suffit pas : la réduction des risques ergonomiques passe également par des modifications des postes de travail et des pratiques professionnelles quotidiennes.

Certaines améliorations peuvent être relativement simples à mettre en œuvre, comme un meilleur éclairage ou un soutien lombaire adapté. D’autres nécessitent la conception, la fabrication et l’expérimentation de solutions avec les travailleurs, notamment des sièges ergonomiques, des plans de tri surélevés ou réglables, des tabourets et des bancs rembourrés.

Parallèlement aux améliorations matérielles, l’évaluation recommande de renforcer les pratiques de gestion grâce à des mesures telles que la rotation des postes, la polyvalence des travailleurs, des pauses régulières permettant de changer de posture, des formations en ergonomie et un suivi continu des risques ergonomiques.

Des prototypes aux projets pilotes et à la mise à l’échelle

La prochaine phase suivra donc une approche comprenant la conception, la fabrication, la mise en œuvre de projets pilotes et la mise à l’échelle. Les solutions seront d’abord développées et fabriquées, puis testées auprès des travailleuses afin de pouvoir être affinées en fonction de leurs retours d’expérience avant une mise en œuvre à plus grande échelle.

La RMI prévoit de commencer par le tri manuel au sol, en testant des prototypes dans deux ou trois unités de transformation et en ajustant leur conception en fonction des retours d’expérience des trieuses. La phase pilote permettra également d’évaluer l’impact des solutions proposées sur la productivité. Ces retours d’expérience des travailleurs seront essentiels pour s’assurer que les solutions proposées sont non seulement ergonomiques, mais aussi pratiques au quotidien.

Un projet pilote distinct est également prévu pour les travailleurs à domicile. À l’issue de la phase de test et d’adaptation, l’objectif est de déployer progressivement les solutions adaptées dans l’ensemble des unités de transformation et des programmes communautaires de RMI.

La portée potentielle est considérable. En ce qui concerne la transformation du mica à domicile, RMI a identifié un potentiel d’environ 2 000 travailleurs répartis dans 50 villages.

Placer les travailleurs au cœur de l’amélioration continue

Cette évaluation fournit des données permettant de transformer les risques identifiés en améliorations concrètes pouvant être testées, adaptées et progressivement étendues.

Il est important de noter que les travailleurs eux-mêmes participeront à ce processus. En intégrant leurs retours d’expérience pendant la phase pilote, la RMI vise à développer des solutions qui répondent aux réalités du tri et du traitement du mica, plutôt que d’appliquer un modèle unique valable pour tous.

Ce travail montre également comment un approvisionnement responsable en mica peut aller au-delà de la simple conformité pour prendre en compte les conditions de travail quotidiennes des personnes. En combinant évaluation technique, expérience des travailleurs, engagement des transformateurs et expérimentation pratique, la RMI vise à favoriser des conditions de travail plus saines et plus sûres au sein des communautés de transformation du mica en Inde.

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